
Irazúpaysage lunaire et colibris du cratère
Depuis San José, une heure de route pour monter au volcan actif le plus haut du Costa Rica. En haut : un cratère à sec en saison sèche, des colibris au bord du vide, et sur l’horizon — les fumeroles du Turrialba.
L’Irazú n’est pas un volcan spectaculaire au sens hollywoodien du terme — pas de coulée de lave visible, pas d’éruption fumante. C’est autre chose : un paysage lunaire à 3 432 mètres, dans les nuages, avec au fond d’un cratère que rien n’annonce vraiment. On était en saison sèche — le Crater Principal était à sec, fond de cendre grise et de roche nue.
On est partis tôt depuis San José — la règle est d’arriver avant que le brouillard ne monte, ce qui arrive en général après 10h. La route monte progressivement à travers des paysages de fougères géantes, de fermes de fraises et de champs maraîchers qui n’ont plus rien de tropical. À 3 000 mètres, on est dans une autre planète.
« Le cratère à sec a quelque chose d’encore plus lunaire que le lac. Juste la roche, la cendre, le silence, et les colibris qui traversent le vide. »
L’après-midi appartient à Cartago — l’ancienne capitale du Costa Rica, à 20 km en contrebas. La basilique, les ruines, et quelque chose d’inattendu : une messe en pleine semaine avec une ferveur qu’on ne voyait pas venir.
L’Irazú,
le cratère à sec
Le parc national du Volcan Irazú est l’un des rares endroits au monde où l’on monte en voiture jusqu’au bord d’un cratère volcanique actif. On gare la voiture, on descend, et en cinq minutes on est au bord du Crater Principal — un cirque d’environ 1 km de diamètre qui tombe à pic dans le vide.
La couleur du lac change selon les conditions et les saisons — bleu-vert par temps clair, vert acide ou gris selon l’activité volcanique. En saison des pluies, le spectacle est particulièrement saisissant. Le jour de notre visite, en saison sèche, le cratère était à sec — fond de cendre grise et de roche volcanique nue, les parois tombant dans le vide sans eau en bas. Une beauté différente, plus austère, presque martienne.
Le Crater Diego de la Haya, adjacent, est plus petit et sans lac — mais son fond jaune soufre et ses dépôts minéraux lui donnent une couleur différente, presque martienne. Les deux cratères sont accessibles depuis le même belvédère en quelques minutes à pied.
Ce qui surprend aussi en arrivant au sommet, c’est l’horizon. Par temps dégagé, on voit simultanément dans deux directions opposées : à l’est, le Turrialba, dont les fumeroles montent du sommet de façon très visible — une image frappante, deux volcans actifs dans le même champ de vision. Les jours les plus clairs, la double vue Pacifique et Caraïbes est possible, mais rare.
Le Crater Principal à sec — la roche et la cendre volcanique à découvert en saison sèche.
Le Turrialba depuis le sommet de l’Irazú — ses fumeroles actives à 25 km à vol d’oiseau.
Colibris, quetzal
et coyote au bord de la route
La faune de l’Irazú est l’une des grandes surprises de la journée. On ne s’attendait pas à voir grand-chose à 3 400 mètres dans un paysage quasi lunaire — et pourtant.
Les colibris sont partout autour du cratère. Plusieurs espèces nichent dans la végétation rase des abords du parc et se laissent approcher de très près — les mains dans les poches, immobiles, on les voit passer à moins d’un mètre. Dans la vapeur froide du matin, avec le cratère en fond, c’est une scène étrange et magnifique.
La véritable surprise de la journée est arrivée lors de la descente. Un quetzal — le grand oiseau à queue émeraude, emblème du Guatemala et espèce rare et difficile à observer — était posé au bord de la route dans les arbres de la forêt de nuages, à mi-pente. On l’a aperçu quelques secondes avant qu’il disparaisse dans la canopée. C’est le genre de rencontre qui ne se commande pas.
Un peu plus bas sur la même route, un coyote traversait tranquillement — la dernière chose qu’on s’attendait à croiser sur la descente d’un volcan costaricien. La route entre l’Irazú et Cartago traverse une zone de transition entre la forêt de nuages et les terres agricoles, apparemment idéale pour eux.
Le quetzal resplendissant — aperçu quelques secondes au bord de la route lors de la descente, dans la forêt de nuages.
Colibri au bord du cratère — plusieurs espèces fréquentent les abords du parc et s’approchent à moins d’un mètre.
Cartago,
la basilique et les ruines
Cartago a été la capitale du Costa Rica jusqu’en 1823 — et on le sent encore. La ville a un caractère différent de San José, plus provincial, plus posé. Elle a aussi traversé des tremblements de terre dévastateurs qui ont laissé des cicatrices littéralement visibles dans le paysage urbain.
La Basilique Notre-Dame des Anges est l’édifice le plus important du Costa Rica d’un point de vue religieux — un site de pèlerinage national vers lequel des centaines de milliers de Costariciens marchent à pied depuis San José chaque 2 août. L’intérieur est immense, lumineux, chargé d’ex-votos et de plaques de remerciements en argent accrochés par des fidèles de tout le pays depuis des décennies. La statue de la Vierge Noire — La Negrita — minuscule et enchâssée dans un retable élaboré, est l’objet de toute cette dévotion.
Ce qui a été le plus fort, c’est d’arriver pendant une messe en semaine. La basilique était pleine — pas de touristes, que des fidèles locaux. Une ferveur tranquille, des rangées de familles, des personnes âgées agenouillées sur les dalles de marbre. On s’est assis discrètement au fond, hors de propos et silencieux, et on a regardé quelque chose d’authentique.
À quelques centaines de mètres, les Ruines de la Paroisse Santiago Apóstol sont ce qu’il reste d’une église coloniale détruite par le tremblement de terre de 1910 et jamais reconstruite. Les murs extérieurs en pierre volcanique sont intacts, mais l’intérieur a été transformé en jardin public. Un lieu étrange et paisible au milieu de la ville.
La basilique — façade et intérieur lumineux chargé d’ex-votos et de plaques de remerciements en argent.
Les murs en pierre volcanique de l’ancienne paroisse coloniale, détruite par le séisme de 1910 et jamais reconstruite. L’intérieur est aujourd’hui un jardin public — un espace étrange et paisible à cinq minutes à pied de la basilique. À ne pas manquer même sans photo.